conférence sur BARZAZ BREIZ
Le Barzaz Breiz
- Le 2012-01-04
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le BARZAZ BREIZ
vendredi 2 mars à 20 h salle Yves Nicolas
Plus de 80 personnes ont suivi la conférence animée par l'historien Louis ELEGOËT, ponctuée par des extraits du Barzaz Breiz, expliqués en français par M. Elegoët, et magnifiquemnt chantés en breton par Jean Pierre PREMEL, une des plus belles voix de la chanson bretonne. Il fallait voir à la fin du spectacle, l'assistance qui n'osait plus bouger, de peur de rompre le charme de la soirée. Les animateurs ont répondu aux questions des spectateurs.
de gauche à droite : Jean Pierre Prémel et Louis Elegoët
une partie de l'assistance
Regardé comme un chef d'oeuvre de la littérature bretonne, le Barzaz Breiz est un recueil de chants.
Collecté, dans les années 1830, par Théodore Hersart de la Villemarqué, les soniou (chants humoristiques, ou d'amour) et surtout les gwerziou (chants historiques, souvent dramatiques) formant ce recueil sont publiés une première fois en 1839. 
Jusque-là, ces beaux chants avaient été transmis de génération en génération, sans avoir été couchés par écrit.
Enrichi de 33 titres, le Barzaz Breiz est réédité en 1845. Il suscite beaucoup d'enthousiasme au point qu'il est traduit en plusieurs langues. George Sand place certains "diamants" du Barzaz Breiz au-dessus des chants de l'Illiade !

En 1867, après la publication d'une troisième édition, des doutes sérieux sont émis sur l'authenticité des chants publiés.
La Villemarqué est accusé d'avoir produit des faux. C'est le début de ce qu'on a appelé la querelle du Barzaz Breiz.
Opposant ceux qui considèrent l'ouvrage comme le chef d'oeuvre de la littérature bretonne et ceux pour lesquels La Villemarqué n'est qu'un simple mystificateur, cette querelle se poursuit pendant plus d'un siècle. En 1964, le débat prend un tour nouveau avec la découverte des carnets de collecte de La Villemarqué, et leur étude par Donatien Laurent.
Louis ELEGOËT et Jean Pierre PREMEL s'associent pour présenter le Barzaz Breiz.
En français, Louis ELEGOËT présentera le travail de La Villemarqué : ses succès, le débat qu'il suscite, ainsi que la thèses de Donatien Laurent.
De son côté, Jean Pierre PREMEL illustrera le propos en chantant une dizaine de kanaouennoù (chants) préalablement présentés.
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Louis ELEGOËT est historien, membre associé du CRBC (Centre de Recherche Bretonne et Celtique), membre de la section Religions de l'Institut Culturel de Bretagne.
Jean Pierre PREMEL, retraité de l'enseignement anglais-breton, est un excellent chanteur, il anime ou est membre de diverses chorales comme Paotred Pagan, ou Paotred Breiz. Il est spécialiste de la dans round.
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Le Barzaz – Breiz au-delà des frontières
(In Le Lien n° 101, mars 2007, de Goulven Péron)
Avant la parution, en 1839, de son Barzaz-Breiz – chants populaires de la Bretagne, le vicomte Théodore Hersart de la Villemarqué devait surtout se faire remarquer par ses démêlés médiatiques avec Prosper Mérimée.
Celui-ci était avocat, écrivain, historien et archéologue (1803-1870). Une de ses nouvelles a inspiré l’opéra Carmen. De 1834 à 1860, Il est inspecteur général des Monuments Historiques et est élu à l’Académie Française en 1844.
Mérimée a été accusé d’avoir dérobé un très ancien manuscrit de prophéties bretonnes au nez et à la barbe du jeune antiquaire breton.
Avec ce recueil de 54 chants populaires, La Villemarqué signait son œuvre maîtresse, celle qui allait le rendre célèbre au-delà de toute espérance et bouleverser sa vie de la façon la plus irréversible. Il put bientôt se voir hissé au sommet des institutions, élu à l’Académie de Berlin, à l’Institut de France, à l’Académie des Belles Lettres et Instructions. Hélas ! il fut livré à une campagne calomnieuse qui, en s’éternisant, allait gravement entacher la pieuse réputation du gentilhomme breton.
Tout cela était en effet beaucoup trop beau. Présenté par son éditeur comme un recueil de gwerziou (c’est le nom des poésies bretonnes), parfois très anciens, et tous authentiques, puisque collectés auprès des paysans bas-bretons analphabètes qui n’avaient donc pu les apprendre qu’oralement, le Barzaz Breiz fut accueilli par les lettrés bretons comme la preuve du génie d’un peuple trop souvent raillé, dont l’élite, selon les gentilshommes de Paris, ne se distinguait que médiocrement de la plus vile des paysanneries. Mais, désormais, pouvait-on rire de ces va-nu-pieds que l’on croyait ignares alors qu’ils chantaient avec émotion la gloire des anciens rois, de ceux qui avaient obtenu, souvent par la ruse, toujours par les armes, l’indépendance de leur petit pays encerclé par les deux plus grandes puissances de ces douze siècles passés ? Pouvait-on encore rire des paysans armoricains alors qu’ils étaient la source même de ce roman arthurien qui avait charmé les cours royales de toute l’Europe ? Le Barzaz Breiz flattait l’ego de la noblesse et du clergé bretons ; il élevait aussi la paysannerie bretonne au rang de l’historien. Il fut adopté.
Le succès du recueil devait rapidement dépasser les frontières de la Bretagne. D’ailleurs, dès 1937, des feuillets manuscrits de ces chants circulaient dans les mains de l’élite littéraire de la capitale, y provoquant même l’étonnement, souvent l’enchantement. Le 18 septembre 1837, Augustin Thierry écrivait de Ville-d’Avray à La Villemarqué pour le remercier de lui avoir soumis quelques extraits de son ouvrage à paraître. « Je ne manquerai de dire hautement combien je les trouve belles et M. Victor Hugo, qui en a vu trois échantillons communiqués par M. Varin, les admire autant que moi ».
Si le Barzaz Breiz avait conquis la France, il n’allait pas rester inconnu des érudits étrangers. Il eut rapidement son petit succès en Europe et les plus célèbres philologues allemands comme anglais saluèrent avec empressement le recueil de chants de La Villemarqué. Une traduction partielle en anglais ne tarda d’ailleurs pas à paraître, en 1840 sous la plume de Miss Stuart Costello, dans a summer amongst the Bocages and the Vines.
En 1841, c’est une édition allemande sous le titre Volkslieder aus der Bretagne, et traduite par A. Keller et E. Seckendorff, qui faisait connaître l’ouvrage Outre-Rhin. A Posen, en 1842, c’est une édition polonaise intitulée Piosennik Ludow-Zesyr (I – Piosni Bretonskie) et traduite par Lucien Siemienski, qui voyait le jour. La parution de la seconde édition (1845) avec ses trente-trois nouveaux chants ne découragea nullement les traducteurs amoureux des chants populaires puisqu’en 1859 parut un Bretonische Volkslieder, traduit par Ludwig Pfau et Moriz Hartman, qui présentait aux lecteurs allemands un tableau assez complet du nouveau recueil. En 1865, le célèbre critique anglais Tom Taylor dévoilait à son tour un charmant Ballads ans Songs of Britanny. On pourrait aussi citer dans cette langue les traductions de Fleay et de Carrington. Ce n’est que bien plus tard que quelques chants du Barzaz Breiz seront traduits en italien et les critiques avertis autant que patients purent alors apprécier le talent de Giovanni Pascoli qui se chargea en personne de cette tâche, laissant à la postérité ses Canti Popolari Bretoni. Citons enfin parmi les traductions du XXe siècle, une belle édition néerlandaise (Bretonsche Volksliederen) par E. H. du Qusne-Van Gogh, ainsi qu’une édition hispanique maintes fois rééditée depuis une trentaine d’années : El Misterio Celtas.
Des traductions françaises, en vers généralement, ont bien sûr existé, œuvres du chanoine Kerbiriou, de Madame le Comte de Saint-Jean, d’Emile Grimaud, d’Auguste Brizeux, d’Emile Ernault, d’Auguste Boisson, d’Armand Robin, et Victor Hugo. Le Barzaz Breiz fut le livre de chevet de bien des poètes bretons anciens ou modernes tels que Paol Keineg, Ropartz Hémon, Eugène Guillevic, Max Jacob.
Le Barzaz Beiz a inspiré les musiciens, et a été une des sources de Richard Wagner pour son Parsifal, et on suspecta Dvorák de s’en être inspiré pour écrire certains passages de sa Symphonie du nouveau monde.
N’oublions pas Alan Stivell qui a puisé avec force dans le recueil de La Villemarqué : la Prophétie de Gwenc’hlan, Jenovefa, Marv Pontkallec, Beg ar Van (les Bleus), Horses on the Hills (la Marche d’Arthur), sans oublier An Alarc ‘h, ce chant de guerre que La Villemarqué traduisait par le Cygne.

